BISIGNANO Mara, Université Paris Ouest Nanterre, la Défense - IDHE.S. 

Titre : L'indépendance ou la face cachée des nouvelles vulnérabilités de l'emploi

Mots clés : vulnérabilités dans et de l'emploi ; individualisation des rapports de travail ; auto-entrepreneurs ; Italie ; indépendance

Résumé : Interroger les vulnérabilités au travail suppose de se doter d'une posture analytique qui dépasse une approche purement dualiste du marché du travail. Cela ne signifie pas de renoncer à lire les tensions qui se jouent dans les mondes du travail à partir de la distinction entre « les vulnérables » et « les stables » au regard de l'emploi. Il s'agit plutôt de les appréhender de manière dynamique. En suivant une telle approche, cette communication propose une analyse du rôle joué par une sous-famille du travail indépendant incarnée par le travail « para-subordonné » dans les processus de vulnérabilisation de l'emploi en Italie. Cette modalité d’emploi désigne la position juridique d’un travailleur indépendant en dépendance économique fonctionnelle à un donneur d’ordre. Par ces traits, il entre dans le travail indépendant, c’est-à-dire, selon l’acception juridique, dans les activités exercées sans subordination à un employeur. Le travail para-subordonné se définit par trois critères : le caractère personnel, continu et coordonné de la prestation de travailLe choix de centrer l'analyse sur le travail para-subordonné tient aux enjeux qu'il porte pour le régime de protections collectives : ce statut d'activité représente l'une des expressions des transformations qui touchent aux mondes du travail mais aussi une catégorie dans laquelle se propage, sous différentes formes, la vulnérabilité par le travail. Derrière l'homogénéité de cette catégorie d'emploi, on voit d'une part une imbrication de statuts d'activité et d'autre part, une remise en question par ce statut d'institutions collectives.  Cette communication revient sur la genèse de cette catégorie d'emploi pour montrer les dynamiques qui ont présidées à la reconnaissance d'une catégorie du travail « à part ». Son développement a souvent constitué un point d'appui à une instrumentalisation politique pointant les effets d'une segmentation accrue entre insiders et outsiders pour justifier des réformes qui tout en établissant un régime de protection sociale particulier contribue, de fait, à alimenter différentes formes de vulnérabilité.  Nous nous appuyons sur une exploitation statistique réalisée à partir de données administratives selon différentes classifications sur la période 1996-2015 et sur des données longitudinales pour la période 2004-2008 relatives à la mobilité sur le marché du travail. L'enquête longitudinale renseigne sur les transitions d'activité et permettent d'estimer la probabilité de permanence dans une même condition ou de transition vers une autre condition à une année de distance.  Ces matériaux permettent de révéler deux tendances.  D'une part, nous montrons que chez les travailleurs para-subordonnés le concept de précarité ne recouvre pas forcément celui de vulnérabilité. Cette dernière, entendue comme précarité n'est pas généralisable à la condition de l'ensemble de ces travailleurs. D'autre part, cette hétérogénéité de situations permet de repérer au sein même de la catégorie plusieurs périphéries qui se déclinent en cercles concentriques à mesure que leur condition socio-professionnelle se vulnérabilise.