BOURGET-MAUGER Marie, Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Est - UMR AUSser - Observatoire de la Condition suburbaine

Titre : La vulnérabilité numérique face à l’intégration des objets connectés en architecture

Mots clés : objets connectés ; architecture de bureau ; environnement de travail ; vulnérabilité numérique ; évolution des organisations

Résumé :  Historiquement, les environnements de bureaux sont pensés autour et avec la technique afin d’améliorer la circulation des flux de personnes et d’information (Cayet, 2010). Aujourd'hui, avec la généralisation de la mise en réseau des objets techniques, les environnements de travail sont équipés de capteurs et d’actionneurs pour optimiser leur fonctionnement et leur utilisation (Clements-Croome, 2014). Néanmoins, l’intégration des objets connectés peut créer une nouvelle vulnérabilité intrinsèquement liée à l 'instance virtuelle des édifices (Picon, 2010). Ainsi, cette communication aborde la v ulnérabilité numérique des salariés face à l’intégration des objets connectés en vue de l'optimisation des environnements de bureaux. Cette vulnérabilité apparaît complexe et transversale car elle concerne à la fois l’i dentité numérique des salariés (Pierre, 2011 ; Iteanu, 2008) par la marchandisation de leurs données, et leur corps physique de par les risques liés à cette nouvelle vulnérabilité architecturale. Cette faculté de captation est également liée à la critique de la mesure de la productivité des individus en entreprise (Boulat, 2006 ; Dujarier, 2010) et s’inscrit dans le cadre du culte de la performance des entreprises capitalistes avec la mise en place d’indicateurs “objectifs” (Pierre, 2011). Cependant, l’intégration de ces objets utilise la mesure pour l’optimisation de la gestion des espaces et non pour le contrôle des salariés. Il s’agit là de l’originalité de notre approche, nous étudions la v ulnérabilité numérique des salariés sous l’angle des environnements communicants. L’utilisation des données est multiple et peut aller de l’optimisation du bien immobilier (Wong, 2004) à l’amélioration du confort (Saadi, 2000) en passant par l’argumentaire marketing (Folcher, Mussol, 2019). Au-delà de l’acceptation de ces technologies se pose la question du rapport entre les salariés et la matérialité de leur environnement de travail, notre approche permet ainsi de mettre en exergue les relations entre l’architecture-physique et virtuelle- et les salariés. La littérature architecturale, l’histoire des techniques et la sociologie des usages permettront une analyse interdisciplinaire de cette nouvelle vulnérabilité numérique liée aux environnements communicants. Il apparaît que les stratégies d’intégration des objets connectés sont intrinsèquement liées aux modèles des entreprises capitalistes et de ce fait internationales. L’aménagement intérieur devient un outil à optimiser en s'inscrivant dans les stratégies d’optimisation des flux et des personnes, et le marketing de l’espace supplante les intentions architecturales. Dans ce contexte, les environnements de bureaux communicants, intégrant des objets connectés pour une meilleure connaissance des usages, créent une nouvelle vulnérabilité numérique complexe jusqu’alors inconnue.

Bibliographie indicative :

BOULAT Régis, “La productivité et sa mesure en France (1944-1955), Histoire & mesure, XXI (2006), p. 79-110.

CAYET Thomas, Rationaliser le travail. Organiser la production (Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2010).

CLEMENTS-CROOME Derek, Intelligent Buildings: An introduction (New York: Routledge, 2014).

DUJARIER Marie-Anne, “L’automatisation du jugement sur le travail; Mesurer n’est pas évaluer”, Cahiers internationaux de sociologie, n° 128-129 (2010), p. 135-159.

FOLCHER Pauline, MUSSOL Sarah, “La valeur perçue des objets connectés, une lecture par la théorie de l’agencement”. Congrès de l’association française du marketing, Strasbourg, mai 2018.

ITEANU Olivier, L’identité numérique en question (Eyrolles, 2008).

KWOK WAI WONG Johnny, “Intelligent building research: a review”, Automation in Construction , vol. 14 (2005), p. 143-159.

PIERRE Julien, “Génétique de l’identité numérique. Sources et enjeux des processus associés à l’identité numérique”, Les cahiers du numérique, vol. 7 (2011), p. 15-29.

PICON Antoine, Culture numérique et architecture (Birkhäuser GmbH, 2010).

SAADI Lahlou, “Travail de bureau et débordement cognitif”. XXXVème Congrès de la SELF, Toulouse, septembre 2000.

SOULET Marc-Henry, “Les raisons d’un succès. La vulnérabilité comme analyseur des problèmes sociaux contemporains”, dans BRODIEZ-DOLINO et al., Vulnérabilités sanitaires et sociales. De l’histoire à la sociologie. (Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2014), p. 59-64.

WYBOUW George, BERNIER Michel, “Productivité et travail de bureau : une analyse critique” dans BOULARD René (dir.), Psychologie du travail et nouveaux milieux de travail, p. 136-144.