BURNAY Nathalie, Université de Namur - Institut de recherche Transitions

 

Titre : Aides-familiales en Belgique francophone : Lorsque le politique menace le groupe professionnel

Mots clés : vieillissement ; aides familiales ; profession ; néolibéralisme ; régulation tutélaire

Résumé : Depuis plusieurs années maintenant, les pouvoirs publics régionaux ont développé des politiques de maintien des personnes âgées à domicile, notamment à travers le développement du secteur de l’aide à domicile. C’est ainsi que des structures publiques ou parapubliques (subventionnées par la Région) ont pu se développer autour d’une conception très large et ouverte de l’aide à domicile. Les personnes dans le besoin peuvent faire appel au secteur et les frais inhérents à la prise en charge sont assumés partiellement par le bénéficiaire. Il peut faire appel au secteur de l’aide à domicile dans différentes situations, notamment via des aides familiales. Celles-ci accomplissent, avec le bénéficiaire, les gestes de la vie quotidienne. Leur rôle est de permettre au bénéficiaire de continuer à vivre dans leur domicile tout en s’assurant d’une qualité de vie.   Notre contribution repose sur une double enquête menée en 2018 dans le secteur de l’aide à domicile : le premier volet est composé de plus de 2600 questionnaires récoltés auprès de bénéficiaires du secteur ; le second de vingt entretiens semi-directifs auprès de ces mêmes bénéficiaires. Les résultats montrent combien l’aide est appréciée et contribue de manière importante au maintien à domicile.   Cependant, un projet de loi déposé actuellement devant le parlement wallon redéfinit les conditions d’octroi des aides publiques au secteur. Il s’agit en effet de limiter les aides apportées aux bénéficiaires grâce à un changement de paradigme dans la prise en charge (Hall, 1993). Ne seront couverts dorénavant par un remboursement partiel des prestations que les bénéficiaires reconnus comme dépendants. Leur situation sera évaluée grâce à une échelle de dépendance validée par les autorités publiques (l’échelle BelRAI Screener). Les conséquences de ce tournant néo-libéral (Petersen & Hjelmar , 2014 ; Andersson & Kvist, 2015) sont nombreuses et impactent à la fois les personnes âgées, leur entourage et les professionnels du secteur. C’est ainsi que le changement de politique en matière d’aide à domicile réduit les capacités de prise en charge par une diminution de l’aide publique apportée, mais conduit également à une transformation du type d’aide subventionné : d’une aide holistique et globale, on passe à une aide ciblée et médicalisée.   Cette contribution se centrera sur les risques encourus par les professionnels du secteur si cette réforme aboutit, notamment en termes de pratiques de métier. 

Bibliographie indicative :

Andersson, K., Kvist, E. “The neoliberal turn and the marketization of care: The transformation of eldercare in Sweden” European Journal of Women's Studies, Volume 22, issue 3, (2015): 274-287.  

Petersen, O.H., Hjelmar, U. “Marketization of welfare services in Scandinavia:  A review of Swedish and Danish experiences” Scandinavian Journal of Public Administration, 17, 4, (2014): 3-20.