CHAYOUB Rachid, Université Cadi Ayyad Marrakech - Groupe de Recherche en Economie Internationale et développement (GREID)

EL MORCHID Brahim, Université Cadi Ayyad Marrakech - Groupe de Recherche en Economie Internationale et développement (GREID)

Titre : Pandémie Covid-19, vulnérabilité économique et reconnaissance politique et sociale des travailleurs informels au Maroc

Mots clés : pandémie Covid-19 ; travailleurs informels ; vulnérabilité économique ; reconnaissance politique et sociale ; Maroc

Résumé : Mise en place depuis le début des années quatre-vingt, les politiques économiques néolibérales sont indéniablement responsables de la précarité sociale et de la vulnérabilité économiques qui caractérisent aujourd’hui la plupart des pays africains. Aggravée par le réchauffement climatique et les systèmes politiques autoritaires, cette situation a eu comme conséquence un exode rural massif vers les grands pôles industriels urbains. Le surplus de la main d’œuvre dans les milieux urbains qui en a découlé s’est traduit par une forte pression sur l’offre du travail dans le secteur formel urbain. Or les secteurs de l’économie formelle étaient incapables d’absorber ce surplus de main d’œuvre, alors même qu’un nombre important d’entreprises formelles avaient commencé à fermer leurs portes en mettant leurs salariés au chômage. L’économie informelle est devenue une stratégie alternative, voire un refuge, qui répond aux besoins d’une large population de travailleurs généralement moins qualifiés. Les travailleurs informels sont à la fois victimes des mauvaises conditions de travail, des faibles rémunérations et de la surexploitation. D’un coté, beaucoup d’entreprises formelles de petite taille continuent à recruter des travailleurs informels sans qu’ils ne soient ni reconnus comme salariés, ni déclarés dans les systèmes de couverture sociale. D’un autre coté, un nombre important de travailleurs informels qui occupent des espaces publics (commerçants et vendeurs de rues) sont régulièrement soumis à des harcèlements de la part des autorités publiques locales sous prétexte que leurs activités ne sont pas conformes aux dispositions formelles du marché et portent en même temps atteinte à l’environnement urbain. Ces gens  sont devenus le symbole même de la vulnérabilité économique et de manque de reconnaissance sociale. Avec l’arrivée de la pandémie de la COVID-19 et l’arrêt brutal de l’activité économique, la situation des travailleurs informels au Maroc s’est davantage dégradée. Cela a déclenché un débat public sans précédant sur la nécessité d’une politique de reconnaissance économique, sociale et politique de ces travailleurs longtemps oubliés par le pouvoir politique. L’idée largement débattue est celle qui consiste à les réintégrer progressivement dans le secteur formel à travers des mécanismes incitatifs (qui restent à définir) tout en les faisant bénéficier de  la couverture sociale. L’objectif de ce papier consiste à mener un exercice analytique sur la vulnérabilité économique et sociale des travailleurs informels au Maroc dans le contexte de la COVID-19. Dans cette perspective, nous mènerons une analyse comparative de leur situation avant et après le déclenchement de la pandémie, tout en insistant sur les stratégies de résilience et d’adaptation développées par ces travailleurs dans un contexte d’incertitude. Aussi, une attention particulière sera accordée à l’évaluation des dispositions mises en place par le gouvernement marocain pour venir en aide à cette catégorie vulnérable de la population. Un tel exercice va nous permettre de tirer des enseignements en termes de politiques économiques dans la perspective d’une intégration (ou réintégration) humainement et socialement réussie des activités informelles dans l’économie formelle. Pour répondre aux exigences de ce travail, nous analyserons d’abord le dispositif mis en place par les décideurs politiques en faveur des activités et des travailleurs informels (le volet offre). Ensuite, nous nous adresserons aux bénéficiaires pour appréhender leur perception vis-à-vis des mesures mises en place (volet demande). A cet effet, nous exploiterons les résultats d’une enquête par questionnaire qui se déroulera entre décembre 2020 et janvier 2021. Elle sera menée auprès d’un échantillon de 150 travailleurs opérant dans les activités à caractère informel au niveau de la ville de Marrakech. Le choix de cette ville s’explique par le fait qu’elle occupe une place de premier plan au Maroc en matière d’activités informelles. Et en raison de l’absence d’une base de sondage officielle et crédible, nous allons recourir à la technique des quotas pour le choix des unités statistiques (les travailleurs à interviewer). Trois critères seront pris en compte : le critère géographique (répartition de la ville en quartiers dans lesquels se concentrent les activités informelles), le critère de genre (les hommes et les femmes) et le critère professionnel (le type d’activité). La restitution des résultats se fera au moyen des techniques statistiques appropriées, en particulier les tests de comparaison.