CIOBANU-GOUT Varvara, Université Toulouse - Jean Jaurès - UMR Education, Formation, Travail, Savoirs

Titre : La construction de la vulnerabilité professionnelle de l'expert judiciaire interprète-traducteur

Mots clés : vulnerabilité ; expert judiciaire interprète-traducteur ; trajectoire ; biographie ; identité

Résumé : L’expert judiciaire interprète-traducteur est devenu une pièce indispensable des rouages de la justice, depuis l’élargissement de l’Union européenne. Les crises migratoires et les nouvelles conditions de séjours n’ont fait qu’accroitre les besoins en termes de services de traduction et d’interprétariat. Constitués toujours en tant que groupe « marginalisé » à la frontière de la professionnalisation (Larchet et Pélisse, 2009), les experts judiciaires interprètes-traducteurs sont amenés à travailler dans des conditions particulièrement difficiles : une longue période probatoire, une « clientèle » issue de la délinquance ou du non-respect du droit de séjour, une place peu favorable dans la hiérarchie des usagers de la justice (ibidem, 2009). Cette vulnérabilité, que l’on peut considérer comme une « perte d’agentivité » nous interroge sur les modalités de sa construction, vu que la plus grande partie de ces experts ont un niveau d’étude assez élevé, allant du bac+3 au Bac+8. La présente contribution apporte quelques réponses à cette interrogation à partir de résultats partiels d’une recherche plus large, portant sur les dynamiques identitaires des experts judiciaires traducteurs-interprètes, recherche inductive, basée sur des entretiens qualitatifs de type biographique et compréhensif. Pour cette communication nous avons procédé à l’analyse qualitative de type catégoriel de cinq récits de vie recueillis dans le cadre de cette enquête. Les résultats ont mis en évidence deux types de phénomènes favorisant la construction de la vulnérabilité des experts judiciaires interprètes-traducteurs. Le premier, c’est le parcours atypique de l’expert : d’origine étrangère et de formation initiale plus ou moins en lien avec le champ juridique (ingénieur, docteur en histoire, docteur en lettre modernes, juriste, professeur de français), il embrasse « provisoirement » se dit-il, le « métier » d’expert judiciaire traducteur-interprète, faute de pouvoir accéder, dès son arrivée en France, à un statut professionnel en concordance avec son expérience. Ce décalage entre la formation initiale et le métier exercé fragilise sa posture professionnelle : il est « expert » dans un domaine pour lequel il n’a pas été formé, il rêve de bâtir un nouveau projet professionnel, mais les exigences de ce métier, notamment une disponibilité permanente, semaine et week-end, avec des rythmes de travail aléatoires, sont les principaux obstacles.  Le deuxième type de phénomènes c’est la confrontation permanente de l’expert judiciaire interprète-traducteur avec la délinquance de ses compatriotes, lors de ses missions d’interprétariat, source de tensions identitaires qui fragilisent encore plus sa trajectoire professionnelle.

Bibliographie indicative :

Larchet, K, et Pélisse, J. (2009). Une professionnalisation problématique : les experts judiciaires interprètes-traducteurs. Formation emploi, 108.