DEGBELO Agossè Nadège, Université de Bordeaux-INRAe Bordeaux Nouvelle Aquitaine - Unité de Recherche-ETBX

CANDAU Jacqueline, INRAe Bordeaux Nouvelle Aquitaine - Unité de Recherche-ETBX

GINELLI Ludovic, INRAe Bordeaux Nouvelle Aquitaine - Unité de Recherche-ETBX

Titre : Inégalités de participation au débat  sur les pesticides :  agriculteurs et salariés agricoles mis en incapacité ?

Mots clés : inégalités de participation ; pesticides ; travailleurs agricoles ; capabilité

Résumé : Dans un contexte de revendication de justice pour l’environnement, la question des effets des pesticides agricoles est un sujet de débat les plus actuels. Elle suscite en France de vives inquiétudes et des mobilisations très médiatisées d’associations de riverains et de consommateurs, d’élus locaux. Toutefois, les voix des agriculteurs et encore plus celles des salariés agricoles paraissent peu audibles dans ce débat public. Ils sont pourtant concernés au premier chef, non seulement au sujet de l’usage des pesticides mais aussi des effets néfastes sur leur santé (Arcury et Quandt 2007, 2009; Moses 1989). Ces travaux réalisés aux Etats-Unis montrent également l’existence d’inégalités d’exposition entre les agriculteurs et leurs salariés, ces derniers étant plus exposés.   Notre communication interrogera ce paradoxe : comment comprendre la quasi absence des travailleurs agricoles des scènes de revendications et mobilisations contre les pesticides alors que leur surexposition est prouvée? Pour répondre à cette question, notre analyse s’inspire de l’approche par les capabilités d’A. Sen (Sen, 2000) afin d’identifier les processus de mise en invisibilité du point de vue de ces deux groupes professionnels (salariés et agriculteurs).  L’enquête qualitative réalisée en Gironde auprès de travailleurs viticoles et d’acteurs institutionnels intervenant dans le domaine du travail et le secteur de la viticulture révèle que les inégalités de participation au débat sur les pesticides résultent de plusieurs processus de « mise en incapacité » des agriculteurs et des salariés :  

-  cadrage principal donné au problème « pesticides » par les politiques de gestion du risque pesticides (individualisation du risque par les bonnes pratiques, mise en place de Zones de Non Traitement qui véhicule l’idée que l’habitat est incompatible avec toute agriculture) ;  

-  imputation de responsabilité de la contamination aux utilisateurs finaux (Jouzel et Dedieu, 2013) ;  

- marginalisation du risque chimique par leurs propres syndicats.  

Les contre-cadrages proposés par les mobilisations collectives, malgré leur grand nombre en France et en Gironde où l’une d’elle est à l’initiative d’une salariée viticole, ne parviennent pas à s’imposer car ils restent dispersés faute d’aligner leurs causes (Snow, 2001) que ce soit celle des riverains, des agriculteurs ou des salariés. Notre enquête révèle enfin que les inégalités de participation dépendent également du statut socio-professionnel des travailleurs agricoles. Elles sont donc inhérentes aux relations asymétriques entre employeurs/salariés et jouent différemment selon le contrat de travail et le profil sociologique des travailleurs (nationalité, niveau de vie, genre, âge, diplôme). Leur formation résulte de processus intersectionnels dont l’identification permet d’appréhender la vulnérabilisation en cours des viticulteurs et plus encore celle des salariés viticoles, qui se construit au sein et hors de la sphère professionnelle.