FÈVRE Marick, Université de Nantes - CENS (UMR 6025)

Titre : La santé des créateurs d'entreprise: une vulnérabilisation induite par un cumul de vulnérabilités

Mots clés : santé ; créateurs d'entreprise 

Résumé : Cette recherche doctorale porte sur la création d’entreprise comme processus producteur d’inégalités sociales médiées dans le rapport à la santé. Constituée d'un matériau varié, entretiens, observations, archives, elle mobilise une sociologie de la socialisation. Entre injonction à l’entreprise de soi (Boltanski et Chiapello), développement personnel (Illouz) et culte de la performance (Erhenberg), le caractère processuel d’une « entrepreneurialisation »  du monde concerne autant nos vies personnelles, professionnelles, que notre santé, consacrant la responsabilisation des agents dans leurs comportements. Le nombre de créations d’entreprises en 2019 était de 815 000 portant leur nombre à 3,7 millions depuis la création du dispositif en 2008 (INSEE). Si le confinement a stoppé les immatriculations, le nombre cumulé d’entreprises créées au cours des trois derniers mois (mai à juillet) est en hausse par rapport aux mêmes mois de l’année 2019 (+4,6 %) (INSEE) ce qui confirme le succès des politiques publiques d’encouragement entre selfhelp libéral et insertion économique par l’emploi dans un système économique inégalitaire.  Illustrant l’effritement de la société salariale (Castel), les très récents travaux sociologiques qui s'y consacrent se polarisent sur les conditions de travail de ces nouveaux travailleurs dit ubérisés (Abdelnour, Casilli, Abdelnour et Méda) et leur précarisation (Abdelnour, Casilli) et d’autre part les start-ups à la forte visibilité médiatique (Grosseti, Flecher). Or ces agents (Bourdieu) de la vie économique et sociale que sont les créateurs d’entreprise se présentent comme une population d’une telle hétérogénéité dans leurs profils sociodémographiques que le concept traditionnel de « groupe social » est une aporie. Pourtant il apparait que leur santé est directement corrélée à la santé financière de leur entreprise et couplée à des pratiques et des comportements de santé au carrefour de l’adhésion des individus aux normes hygiéniques et médicales dominantes et ajustement aux contraintes entrepreneuriales. Parmi lesquelles se distinguent des troubles du sommeil majeurs, un fort volume horaire hebdomadaire d’activité, un isolement aux conséquences potentiellement délétères et la porosité de la frontière avec la vie personnelle liée à leur activité professionnelle au sein de leur domicile. Leur couverture sociale dépend directement de leur capacité budgétaire et leur choix stratégique d’y consacrer une partie de leur revenu disponible, à souscrire une assurance complémentaire privée.  Dans ce parcours entrepreneurial exigeant, qui nécessite de mobiliser de multiples ressources, se polarise des styles de vie et des modes de socialisation clivés. Les existences d’éthos et d’habitus entrepreneuriaux constituent le socle du façonnage du « métier » de créateur d’entreprise articulé autour de plusieurs sous métiers pourtant indispensables à la survie ; le capital social s'avère le démultiplicateur des autres capitaux (Bourdieu, Eloir).