GONNET Aurélie, CEET - CNAM

Titre : Prévenir la vulnérabilité au travail et emploi par l’orientation professionnelle. Le bilan de compétences au principe d’une activation préventive des travailleur et travailleuses

Mots clés : compétences ; activation ; emploi ; travail ; parcours professionnels

Résumé : Cette communication propose de traiter du déploiement d’une logique d’activation préventive de salarié.es au sein d’un dispositif d’orientation professionnelle – le bilan de compétences – reposant sur la promotion, en amont de toute rupture professionnelle, d’une gestion stratégique de sa carrière par un individu « acteur ». Il s’agit d’interroger la manière dont ce dispositif conçu pour permettre à tous les actif.ves d’« analyser leurs compétences professionnelles et personnelles ainsi que leurs aptitudes et leurs motivations afin de définir un projet professionnel »  tente de répondre aux désirs de mobilités et d’évolution professionnelles exprimés par des travailleur.ses majoritairement en situation d’insatisfaction voire d’épuisement professionnel (Gosseaume et Hardy-Dubernet, 2005). L’objectif visé est alors moins d’anticiper les transitions, plus ou moins volontaires, que de faire l’apprentissage d’une modération de ses attentes professionnelles et d’une compétence de valorisation de soi et de ses compétences, surtout quand celles-ci sont déniées par les employeur.ses et recruteur.ses.  A la différence de bien des politiques d’activation contemporaines (Balzani et al., 2008 ; Béraud & Eydoux, 2009), l’activation préventive développée en bilan ne repose pas sur des systèmes d’incitation ou de contrôle mais bien sur une logique de motivation subjective et individuelle visant à transformer les comportements des travailleur.ses avant toute privation d’emploi à la faveur d’une préférence systématique pour l’engagement de soi. Cette logique préventive se loge notamment dans des pratiques de mise au travail d’autrui sur lui-même afin de reprendre confiance et de chercher en lui les sources profondes de sa motivation au travail. Cette fonction de reprise de confiance en soi, voulue attentive aux attentes et au « bien-être » des individus, ne relève pas seulement d’une forme de palliatif à l’affliction et aux épreuves vécues par les travailleur.ses. Elle prend participe pleinement à la diffusion de l’idée que les problèmes de travail et d’emploi seraient, au moins en partie, des problèmes de motivation. En cela le bilan de compétences apparait comme un puissant opérateur de la promotion de cette logique d’activation non seulement des dépenses sociales dédiées à un public privé d’emploi mais de l’ensemble des travailleur.ses puisqu’il fait du travail sur soi une étape nécessaire, quelle que soit sa situation, pour pouvoir s’aider soi-même et reprendre la main sur ses choix et son parcours. Reposant sur une enquête ethnographique menée entre 2014 et 2016 au sein de deux centres de bilan de compétences, par entretiens (n=40) et par questionnaire (n=271) auprès de professionnelle du bilan, il s’agit donc d’interroger le développement et les formes prises par cette logique d’activation préventive.