HIDRI NEYS Oumaya, Université d'Artois - Atelier SHERPAS (URePSSS, ULR 7369)

Titre : Tic-tac, tic-tac, tic-tac … La construction d’une vulnérabilité selon l’âge dans la distribution sportive

Mots clés : discrimination ; "vieil" âge ; vulnérabilisation ; emploi ; travail

Résumé : Alors que le cadre législatif français s’est étoffé depuis la promulgation de la loi du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations[1], les discriminations à l’embauche selon le « vieil » âge continuent de s’observer aux trois niveaux que les approches indirecte, expérimentale et subjective (Delattre, Leandri, Meurs et Rathelot, 2013) permettent d’appréhender. Et pour autant, les travailleurs âgés ne recourent pas en nombre aux normes juridiques. Pour ne pas privilégier le produit au détriment du processus, nous avons choisi de mener l’enquête au plus près du processus « en train de se faire ». Le secteur dit de la Grande Distribution, au sein duquel les politiques de recrutement, d’intégration et de maintien en emploi des travailleurs âgés se sont récemment développées, a retenu notre attention. Plus particulièrement les commerces d’articles sportifs car, malgré leur engagement plus ou moins explicite en faveur de l'emploi des salariés âgés, la moyenne d'âge de leur personnel commercial ne dépasse guère les 30 ans. Dans un premier temps, nous avons montré dans quelles mesures les discriminations à l’embauche des travailleurs âgés découlaient d’un processus multidimensionnel construit par les dispositifs gestionnaires de ces entreprises et mis au jour les nombreuses incohérences, entre attirance et défiance, dans la manière dont la politique de gestion des ressources humaines intègre l’âge et plus spécifiquement le « vieil » âge. Mais faisant face à une nouvelle énigme - celle du vieillissement des membres du personnel commercial une fois recrutés dans ces enseignes – cette communication propose, dans un second temps, d’analyser ce qui amène les travailleurs « vieillissants » à devenir aux yeux de tous, y compris des leurs, « jetables » (Quintreau, 2002, 7). L’analyse de documents institutionnels et d’une trentaine d’entretiens semi-directifs menés auprès de directeurs des ressources humaines, de responsables de la diversité, de recruteurs opérationnels, de membres du personnel commercial « âgés » et de représentants des grandes organisations syndicales, montre que la vulnérabilisation de l’emploi, envisagée traditionnellement autour du risque de perdre son emploi, repose en fait sur un processus de vulnérabilisation au travail. Les travailleurs vieillissants sont « officiellement » courtisés mais « officieusement » érigés en figure repoussoir à travers un processus de stigmatisation et/ou de discrimination insidieux et qui s’inscrit dans la durée. L’usage de rhétoriques managériales, l’invisibilisation de tout signe de vieill(i)esse(ment), les représentations erronées des fiches de poste, y compris les quelques stratégies défensives mises au jour, participent de cette périphérisation (Viriot Durandal, 2004) liée au critère de l’âge. Des figures de vulnérabilité donc, non pas étudiées à travers un état mais à travers un processus en construction.

[1] Loi n°2001-1066 relative à la lutte contre les discriminations, JORF n°267 du 17 novembre 2001, p. 18311.

Bibliographie indicative :

Delattre, É., Leandri, N., Meurs, D. et Rathelot, R. (2013). Trois approches de la discrimination : évaluations indirectes, expérimentation, discriminations ressenties, Économie et statistique, 464, 7-13.

Quintreau, B. (2002). Salariés : jetables après 50 ans ? Pour, 175, 7-11.

Viriot Durandal, J.-P. (2004). « Repenser le pouvoir gris dans l’espace public ». In Viriot Durandal, J.-P. (Dir.). Le pouvoir gris ? Tome 2 : Influences économiques et sociales. Paris : Cahiers de la FIAPA, Revue Internationale de Recherche Action sur le vieillissement.