LABORDE Aurélie, Université Bordeaux Montaigne - MICA EA 4426 - Axe communication, organisation et société

DUPRÉ Delphine, Université Bordeaux Montaigne - MICA EA 4426 - Axe communication, organisation et société

Titre : Quand l’absence d’adhésion à l’idéologie managériale engendre des vulnérabilités : le ressenti de différents publics face aux incivilités numériques

Mots clés : communication au travail ; incivilités numériques ; communication organisationnelle

Résumé : Cette communication vise à proposer une réflexion sur les vulnérabilités au travail induites par les incivilités numériques. Ces dernières peuvent se définir, en première approche, comme des transgressions des règles implicites de respect et d’attention mutuelle dans les échanges professionnels médiatisés par les outils numériques. Nos travaux montrent que les incivilités numériques se multiplient et se banalisent dans les organisations contemporaines (Laborde 2016 ; Dupré 2017). La revue de la littérature révèle qu’elles ont des effets sur la santé physique et mentale des salariés. Les individus qui en sont la cible, mais aussi les témoins, sont ainsi plus susceptibles de se déclarer sujets à l’anxiété, au stress et à la dépression. Ce phénomène a des incidences à la fois sur la qualité du travail et la qualité de vie au travail. Dans cette communication, nous nous appuierons sur deux terrains réalisés entre 2017 et 2019 dans le cadre d’un programme de recherche sur les incivilités numériques au travail : une recherche-action réunissant chercheurs et professionnels dans le cadre de focus-groups destinés à produire un livre blanc ; et une recherche compréhensive, basée sur la méthode de la théorisation ancrée, auprès d’une vingtaine de cadres intermédiaires.  Ces terrains mettent en lumière les liens complexes entre environnements de travail incivils et développement des vulnérabilités. Les seniors, mais aussi les jeunes, sont ainsi relativement démunis face aux incivilités numériques. Au-delà de ces publics, nos recherches font apparaitre d’autres formes de vulnérabilités. Celles-ci sont liées à la représentation que les individus ont du travail, de la qualité du travail, des rapports humains au travail, et plus généralement de leur refus d’adhérer à une idéologie managériale contemporaine qu’ils considèrent comme déshumanisante et dommageable au sens qu’ils donnent au travail. Des exemples permettront de montrer que ces perceptions sont souvent communes à l’ensemble des personnes qui se disent souffrir de la banalisation des incivilités numériques au travail. Il semblerait alors que ce ne soit pas la catégorie sociale qui différencie / discrimine principalement les collectifs et les individus dans leur processus de "vulnérabilisation" face aux incivilités numériques, mais plutôt leur adhésion ou non à un système de valeur, une norme dominante dans les organisations contemporaines. La vulnérabilité au travail sera appréhendée ici comme un processus, une construction à la fois relationnelle et contextuelle (Soulet 2005 ; Lhuilier 2017), résultant d’organisations et de représentations du travail qui isolent, mettent en concurrence, et sont susceptibles de toucher chacun d’entre nous dans un contexte donné.