LE BRIS-FONTIER Virginie, Université de Bretagne Sud - LABERS

Titre : L’écosystème entrepreneurial : l’inscription dans un processus de vulnérabilisation genré ?

Mots clés : entrepreneur.es ; écosystème entrepreneurial ; parcours entrepreneurial ; genre ; vulnérabilité

Résumé : Depuis 2010, l’État, la Région, la Caisse des dépôts puis Bpifrance élaborent un plan d’actions régional (PAR) pour promouvoir et développer l’entrepreneuriat des femmes. Si l’ensemble des actions menées ont contribué à l’augmentation du nombre d'entreprises créées par les femmes cependant, en Bretagne, le taux de créations d'entreprises par les femmes est de 29% (Source INSEE-2014). Ces chiffres confirment que les freins au développement de l’entrepreneuriat des femmes demeurent réels. Ils sont la conséquence de la persistance des inégalités entre les femmes et les hommes, au travail comme dans la sphère familiale et publique. Les recherches en économie et en sociologie sur l’entrepreneuriat féminin ont montré que les femmes qui s’orientent vers l’entrepreneuriat se confrontent à une profession qui a été construite au masculin avec la figure masculine de l’entrepreneur et les pratiques qui y sont associées (Facchini, 2007). Le modèle de l’entrepreneur n’échappe pas à la règle et, tout comme le modèle salarial, il s’est construit au masculin (Battagliola, 2001, 2004 ; Buscatto, Marry, 2009 ; Maruani, 2012 ; Schweitzer, 2002). Les recherches sur le processus d’engagement entrepreneurial et les expériences entrepreneuriales ont révélé que les motivations ( Constantinidis, 2004 ; Duchéneaut, Orhan, 2000 ; Janssen, Jean-Luc Guyot 2016) et les freins à la création et au développement des activités (Andria, Gabarret, 2016 ; Pailhé, Solaz, 2007, 2009, 2010 ; Lebègue 2015) rendent compte de ce phénomène genré. Nous adhérons à l’idée selon laquelle le « faire genre » s’inscrit dans toutes les dimensions de la vie de tout individu, et en l’occurrence, en ce qui nous concerne, dans l’écosystème entrepreneurial des créatrices d’entreprise. A partir de ce postulat il était nécessaire d’identifier les « biais genrés » rencontrés par les femmes dans l’écosystème entrepreneurial. Ce questionnement s’inscrit dans le cadre du programme européen Accelerating Women’s Enterprise (AWE, 2018-2022) qui vise à développer l’offre d’accompagnement des femmes vers l’entrepreneuriat et à augmenter le nombre de création d'entreprises portées par des femmes, en particulier par les femmes « désavantagées » vivant dans les régions limitrophes de la Manche. Notre propos à l’occasion du colloque international « les vulnérabilités au travail » sera de révéler en quoi les femmes les plus « désavantagées » intègrent un écosystème entrepreneurial qui participe au processus de vulnérabilisation des entrepreneures. Les transformations sociales ont conduit notre société à une décollectivisation des protections et à un mouvement de re-responsabilisation des individus. Ceux-ci doivent faire face à une succession d’épreuves et d’évaluations permanentes (Soulet, 2005) ainsi l’expérience entrepreneuriale en est une illustration. La déconstruction du processus de vulnérabilisation des entrepreneures « désavantagées » dévoile le gommage de la dimension sociale et la problématisation individuelle de la vulnérabilité. Au-delà de la dimension individuelle des trajectoires, les événements qui vont venir les marquer sont des révélateurs des processus sociaux à l’oeuvre, et le genre en est un exemple (Bessin, 2009). La réussite ou l’échec sont déterminés par des facteurs individuels. La responsabilité collective, qui s’analyse au travers de la construction sociale d’un modèle genré, est gommée. Or, les femmes sont inscrites dans une réalité sociale sexuée avec laquelle elles jonglent. On se heurte dans les discours à une mise à distance du genre, mais, en même temps, ce sont les contraintes liées à celui-ci qui sont soulignées dans les représentations et vécus.