LHUILIER Dominique, CNAM Paris - CRTD

Titre : Vulnérabilité ontologique versus vulnérabilités différentielles

Mots clés : vulnérabilité ontologique ; vulnérabilité différentielle ; fragilisation ; santé ; chômage

Résumé : Dans le monde du travail, la prévalence de la problématique de la « vulnérabilité » est associée à ses antonymes : résistance, résilience… Le champ sémantique de la vulnérabilité est essentiellement associé à des attributs dévalorisants : moindre résistance aux nuisances et risques, manque, défaut, perte, insuffisance. Des travaux antérieurs (Lhuilier & Waser, 2016) soulignent que la vulnérabilité est devenue un critère de différenciation – on est « vulnérable » ou on est « résilient » – et un principe explicatif – parce que « vulnérable », on est tombé malade, devenu dépendant, inemployable… Nous montrerons comment la vulnérabilité ontologique, déniée, fait place à des processus de projection et clivage qui fondent le prisme de la vulnérabilité différentielle et éludent les processus de fragilisation (Lhuilier, 2017). Notre développement s’appuiera sur deux recherches qualitatives : l’une sur la place de la santé fragilisée au travail (accident du travail, maladie chronique…) et les formes de catégorisation et de traitement observées de ceux qui se voient accoler l’étiquette de « vulnérables » (Lhuilier & Waser, 2013 ; 2016). L’autre, en cours, porte sur les rapports entre travail, chômage et santé. Sa première phase (Althaus et al., 2020) a permis d’identifier deux types de trajectoires :  - la santé dégradée par le chômage : en raison du caractère traumatogène de la perte d’emploi ou d’une installation durable dans le précariat (Castel, 2009), - l’entrée au chômage avec une santé dégradée : par le travail ou par une maladie chronique.  Ces travaux soulignent qu’au travail comme au chômage, le dit « vulnérable » est un révélateur : - de l’inadaptation des normes du travail, de la réduction des marges de régulation, et d’invention, nécessaires à l’activité, - de la précarité fondamentale des pouvoirs humains. L’idée de capacité – ou capabilité (Sen, 2000) – renvoie à celle d’aptitudes qui admet des degrés d’actualisation suivant leurs conditions de développement ou d’empêchement, - de la division sociale du pouvoir d’agir, inégalement réparti. Ce pouvoir d’agir tient à la santé, au vieillissement mais aussi à la possibilité de faire des expériences (et d'en faire des ressources), au travail ou ailleurs (le travail à côté).

Bibliographie indicative :

Althaus, V., Ladreyt, S., Le Hénaff, Y., Mezza, J., Lhuilier, D, 2020, à paraître, « Chômage et usages de substances psychoactives », PISTES, n°22-1.

Castel, R., 2009, La montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, Paris, Le Seuil.

Lhuilier D., Sarfati F., Waser A.-M., 2013, « La fabrication des vulnérables au travail », Sociologies Pratiques, n°26, p. 11-18.

Lhuilier, D., Waser, A.M., 2016, Que font les 10 millions de malades ? Vivre et travailler avec une maladie chronique, Toulouse, Érès.

Lhuilier, D., 2017, « Quelle reconnaissance des vulnérabilités au travail ? », PISTES, n°19-1.  

Sen, A., 2000, Repenser l’inégalité, Paris, Le Seuil.