MONTAGNON Florent, Université Paris I Panthéon Sorbonne / CNRS - Centre d'Histoire sociale des mondes contemporains (UMR 8058)

Titre : Approche historique de la flexibilité : la vulnérabilité, l’envers de la construction des normes de l’emploi et du travail (fin XIXe - premier XXe siècle)

Mots clés : flexibilité ; polyvalence ; temps de travail ; turn-over ; norme

Résumé : Cette communication montre l’ancienneté des formes d’emploi « atypiques », de l’élasticité des temps professionnels et de la multiplicité des lieux de travail. Ce faisant, elle analyse les vulnérabilités liées à l’emploi, comme le temps partiel ou l’exposition au licenciement sans indemnité ni délai-congé, et celles induites par des conditions de travail imprévisibles et/ou dérogatoires. La démarche est systémique car ces vulnérabilités sont mises en perspective avec la construction progressive des normes du travail et de l’emploi. L’étude s’appuie sur deux monographies, déroulées entre les années 1890 et la Seconde Guerre mondiale. La première est celle de la compagnie des Omnibus et tramways de Lyon (OTL), entreprise de 3 000 salarié·s, concessionnaire du réseau lyonnais de transports urbains où, comme dans bien des services publics, la puissance normative est forte et précoce ; la seconde, menée par Anne-Sophie Beau, est celle du Grand Bazar de Lyon (GBL), grand magasin employant 500 salarié·s, relevant d’un secteur aujourd’hui symbole de la précarisation. Les archives mobilisées font la part belle aux récapitulatifs de carrière (2 092 pour l’OTL), aux dossiers de personnel (104 pour l’OTL, 1 801 pour le GBL) et aux livres de paie de l’OTL associés aux dossiers. Leur traitement quantitatif et qualitatif par l’exploitation de bases de données permet de révéler la traduction dans les vies au travail des diverses formes d’emploi définies plus ou moins précisément dans les conventions collectives et intégrant plus ou moins les règles établies par le droit du travail, pour ce qui concerne la durée de l’embauche, le temps et le rythme de travail. Dans les deux entreprises apparaissent différents marchés du travail internes, intégrant de manière exclusive, ou en les amalgamant, les garanties de stabilité et les diverses formes de flexibilité du travail et de l’emploi. Le turn-over revêt alors un caractère structurel dans la gestion du personnel, que l’initiative en revienne à l’employeur qui ajuste ses effectifs au plus près de la charge de travail ou aux salarié·es qui veulent se délivrer des diverses formes de vulnérabilité décrites ici.

Bibliographie indicative :

Beau, A-S., 2004, Un siècle d’emplois précaires. Patron-ne-s et salarié-e-s dans le grand commerce (XIXe-XXe siècles). Paris, Éditions Payot & Rivages.

Montagnon, F., 2004, « Auxiliaires et titulaires : le cas des salariés de la compagnie des Omnibus et Tramways de Lyon, 1897-1980 » in Deroche L. et Jeannot G., L’action publique au travail, Toulouse, Éditions Octarès.

Montagnon, F., 2009, « Nous n’entrerons pas dans la carrière. Le turn-over dans les ‎services publics : le cas de la Compagnie des omnibus et tramways de Lyon (OTL), de l’entre-deux-guerres aux Trente Glorieuses », Revue d’histoire des chemins de fer, n°39, p. 211-228.