REICHHART Ada, Université de Haute-Alsace - CURAPP-ESS

 

Titre : Face à la vulnérabilité des travailleur.euse.s : le rôle protecteur des Scop en question

Mots clés : Scop ; coopération ; démocratie ; protection ; appropriation

Résumé : Dans cette communication, nous suggérons une lecture critique des Sociétés Coopératives et Participatives (Scop) comme forme spécifique d’organisation du travail qui propose une prise en charge de la vulnérabilité des travailleur.euse.s. Le concept de vulnérabilité est ici envisagé comme une forme « d’impropriété de soi », c’est-à-dire une « limite constitutive de [s]es pouvoirs jusqu’à rendre compte du fait que la vie s’échappe à elle-même en permanence » (Ferrarese, 2009). Les travailleur.euse.s peuvent être considéré.e.s comme vulnérables en ce sens, à la fois par leur exposition au sort, car il.elle.s restent confronté.e.s à une forme de contingence (décisions arbitraires menant à la faillite, au licenciement), et par leur susceptibilité à être exposé.e.s à des maux, dérivant de relations de subordination au travail. Face à cette situation de vulnérabilité, tant aux conditions de travail aliénantes, qu’à l’incertitude persistante de l’emploi, des travailleur.euse.s ont pu faire le choix de l’association volontaire en s’organisant sous forme de Scop. La problématique de cette communication est ainsi de questionner dans quelle mesure et sous quelle(s) forme(s) le projet spécifiquement protecteur des Scop parvient à répondre aux situations d’impropriété de soi des travailleur.euse.s. Pour ce faire, nous nous appuierons sur les résultats obtenus lors de l’observation participative d’une Scop industrielle (« Fonderie de la Bruche »), transformée en 1981 à la suite de l’action collective d’une trentaine d’ouvrier.e.s, opposé.e.s à la fermeture imposée par les dirigeants, et qui compte aujourd’hui près de 150 salariés. Notre corpus est constitué d’une trentaine d’entretiens semi-directifs menés auprès de trois populations : les retraité.e.s ayant travaillé à la fonderie et qui ont connu le conflit de 1981, les salarié.e.s qui ont vécu la transformation, et les salarié.e.s embauché.e.s par après. En nous appuyant sur les résultats de cette enquête, nous montrerons que les Scop déploient un double mécanisme de protection. Le premier est dirigé contre les risques internes que présente le travail, notamment ceux relatifs aux conditions de travail (le réinvestissement obligatoire d’une partie des résultats dans le projet coopératif permet aux ouvrier.e.s d’amoindrir la pénibilité de leurs postes par exemple). Le second concerne les risques externes, liés à la conjoncture économique (pendant la crise financière, les coopérateur.trice.s ont décidé collectivement de baisser les salaires de chacun.e plutôt que de recourir au licenciement). Nous arguerons que ces mécanismes permettent de répondre aux situations de vulnérabilité en prônant non pas l’indépendance et l’autonomie mais la coopération des individus. Enfin, il s’agira de pointer les limites de ce mécanisme de protection, qui ne parvient pas à compenser les multiples situations de vulnérabilité des travailleur.euse.s.

Bibliographie indicative :

Ferrarese, E.. 2009. « Vivre à la merci. Le care et les trois figures de la vulnérabilité dans les théories politiques contemporaines ». Multitudes, 37-38 : 132-141.

Gaille, M. et S. Laugier (dir.). 2011. « Grammaire de la vulnérabilité », Raison publique. 14.

Garrau, M. 2018. Politiques de la vulnérabilité, Paris: CNRS Editions.

Goodin, R. E. 1985. Protecting the Vulnerable: A Reanalysis of Our Social Responsabilities, Chicago: University of Chicago Press.