REVERSÉ Clément, Université de Bordeaux - Centre Emile Durkheim (UMR 5116)

Titre : Face aux anciens et face aux diplômés. La vulnérabilité au travail des jeunes ruraux sans diplôme

Mots clés : jeunesse ; emploi ; ruralité ; diplôme ; vulnérabilité

Résumé : Aujourd’hui plus que jamais le diplôme est un élément de tri et de sélection face à l’emploi. Alors que les classes sociales les moins diplômées vivaient une reproduction presque « mécanique » (Zaffran, Vollet, 2018), voire une élévation sociale due à l’explosion économique et à la forte demande en main-d’œuvre de l’après-guerre, les jeunes sans diplômes contemporains doivent faire face à un contexte tout autre (Tranchant, 2018). La hausse du niveau général du diplôme combiné à un contexte de chômage et de précarisation de l’emploi chez les jeunes amène à des attentes toujours plus grandes et une sélectivité à l’emploi bien plus importantes (Passeron, 1982 ; Duru-Bellat, 2006 ). Les jeunes les moins diplômés se retrouvent ainsi les derniers dans la « file d’attente » (Forgeot, Gautié, 1997) de l’emploi par un effet de report dans l’entrée sur le marché de l’emploi. Ce report est double. Il s’agit à la fois d’un report dû à des postes déjà occupés par des « anciens » qui, dans une situation de l’emploi plus favorable, ont su s’intégrer au marché de l’emploi sans – ou avec peu de – diplôme. Il s’agit également d’un report dû à l’avantage qu’offre le diplôme sur le marché de l’emploi. Dans ce contexte particulier, cette communication s’intéressera aux vulnérabilités de ces jeunes non diplômés au travail en s’appuyant sur des données issues de trois ans de recherches en thèse sur l’insertion des jeunes ruraux sans diplôme. La recherche a permis de réaliser 100 entretiens avec des jeunes ruraux sans diplôme sur les départements de la Charente, de la Creuse et de la Gironde, ainsi que de 24 entretiens auprès des responsables du retour en formation et/ou de l’insertion professionnelle de ces jeunes. Fort de ces données, nous souhaitons ici mettre en avant une vulnérabilité à deux échelles en prenant en compte à polysémie des termes « vulnérabilité au travail ». Nous nous intéresserons dans un premier temps à la vulnérabilité au travail, entendue dans le rapport entre le jeune et un poste. Nombreux sont ceux devant faire face à une compétition rude entre des « anciens » stabilisés dans un emploi qu’ils savent précaire et qu’ils souhaitent préserver, et des jeunes plus qualifiés qui fragilisent leurs chances de stabilisation sur le marché du travail (Renahy, 2005). Cette vulnérabilité face au travail est alors issue d’une concurrence inégale par le diplôme d’une part, et des comportements de « sabotage » ou d’exclusion de l’autre. Dans un second temps nous reviendrons sur la vulnérabilité au travail comme un potentiel à être blessé ou heurté au sein de son espace de travail. Nous reviendrons ainsi sur la vulnérabilité à la fois physique et psychologique qu’implique cet effet de report chez les jeunes les moins diplômés acceptant bien souvent les conditions de travail instables, pénibles et précaires afin de rester dans le monde du travail ((d’)Iribarne, 1993 ; Basinski, 2007).