Colloque LES VULNÉRABILITÉS AU TRAVAIL. REGARDS CROISÉS DES SCIENCES SOCIALES EN EUROPE. Centre Émile Durkheim (UMR 5116) & CEREP (EA 4692) – En ligne – 24 et 25 juin 2021.

Les 24 et 25 juin dernier s’est tenu en ligne, à l’initiative du CED et du CEREP, le colloque « Vulnérabilités au travail ». Ce colloque, organisé par Samuel Julhe (Université de Reims Champagne Ardenne, CEREP), Sylvie Jurion (Université de Reims Champagne Ardenne, CEREP), Glenn Mainguy (Université de Bordeaux, Centre Émile Durkheim), Yamina Meziani (Université de Bordeaux, LACES, chercheure associée au CED), Djaouidah Sehili (Université de Reims Champagne Ardenne, CEREP), Delphine Thivet (Université de Bordeaux, Centre Émile Durkheim) avait notamment quatre objectifs :

  • Saisir la diversité des formes de « vulnérabilités », ainsi que le poids des conjonctures et des caractéristiques individuelles qui entrent en jeu dans leur actualisation et leur réalisation ;
  • Questionner les usages sociaux et les conditions de pertinence de la notion, en traitant des actions et des dispositifs visant à prévenir ou remédier aux « vulnérabilités » dans et au travail ;
  • Interroger la manière dont les « vulnérabilités » constituent une catégorie produite par le travail, dans le sens où leur définition est largement dépendante de l’histoire et de l’appareil normatif structurant les systèmes nationaux d’emploi et d’organisation du travail ;
  • Se départir de l’illusion substantive et s’intéresser davantage au processus de « vulnérabilisation » qu’à l’état de « vulnérabilité », selon une perspective qui permet éventuellement d’observer des effets de réversibilité ou encore de propagation entre sphères de la vie sociale (famille et travail notamment).

Dans un climat chaleureux et stimulant, le colloque a réuni un total 164 participants et participantes venu.e.s de 7 pays autour de 42 communications, allant de la sociologie au droit en passant par l’économie et les sciences de l’éducation ou la géographie.

Après une introduction par Samuel Julhe (Université de Reims Champagne Ardenne, Membre du comité d’organisation, chercheur en délégation au Centre Émile Durkheim), Olivier Cousin (Université de Bordeaux, directeur adjoint du Centre Émile Durkheim), Christophe Clément (Université de Reims Champagne Ardenne, Vice-Président de la commission recherche) et Muriel Frisch (Université de Reims Champagne Ardenne, Directrice du laboratoire CEREP), il a été rappelé que cette manifestation a pu se dérouler grâce au soutien du Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine, du CNRS, de l’Université de Bordeaux, de l’Université de Reims Champagne Ardenne et du laboratoire CEREP, et grâce à l’appui de l’équipe de gestion administrative et financière du Centre Émile Durkheim. Le colloque a ensuite été situé parmi les initiatives et les axes de recherche du CED en soulignant l’intérêt du croisement des objets et des approches disciplinaires. Les collaborations entre l’URCA et l’Université de Bordeaux, que renforce cette manifestation, ont également mises en avant. Enfin, la richesse et l’intérêt d’un tel colloque en période de crise sanitaire ont également été rappelés.

Suite à l’ouverture, une première conférence plénière a accueilli Luc Justet (ancien inspecteur du travail, formateur en droit du travail et relations sociales auprès de l’Union européenne, notamment auteur de l’ouvrage L’inspection du travail : Une expérience du droit) pour une présentation sur la manière dont le droit d’une part et l’ergologie d’autre part peuvent avoir ou non recours à la notion de vulnérabilité.

Le colloque a ensuite été structuré en 12 sessions de communications – dont 6 le jeudi après-midi et 6 six le vendredi matin – organisées autour des thèmes suivants :

  1. Mondes ouvriers
  2. Économie numérique et de plateforme
  3. Temporalités et activités de service
  4. Mondes agricoles
  5. Précarité de l’emploi et chômage
  6. Management et mondes patronaux
  7. Métiers de la relation
  8. L’indépendance et ses limites
  9. Le soutien aux “jeunes”
  10. Droit et principes de justice
  11. Regards sur les handicaps
  12. Questions de santé

L’après-midi du vendredi 25 juin a vu se dérouler une seconde conférence, présentée par Dominique Lhuilier. Elle y a abordé la manière dont l’usage du terme de « vulnérabilité » s’est progressivement étendu dans la sphère du travail social et celle des politiques publiques depuis les années 1980. Elle a montré comment cette notion – associée à celle de risque ou résilience – contribue à illustrer trois des grandes transformations contemporaines du travail (précarisation, intensification, individualisation). Tout en rappelant la nécessité de ne pas confondre la « vulnérabilité ontologique » de l’être humain et les « vulnérabilités sociales » engendré par les évolutions du système économique et productif, Dominique Lhuilier a exhorté à ne pas se limiter à cet « attribut privatif » pour également s’intéresser aux « capacités d’agir » des individus.

Enfin, le colloque s’est achevé par une table ronde, co-organisée par Yamina Meziani et Djaouidah Sehili, et discuté par Patrick Rozenblatt (Université Lyon 2 - Centre Max Weber), rassemblant trois types d’acteurs professionnels œuvrant sur le territoire girondin : Nicolas Moreau (Pôle Emploi - Directeur territorial de Gironde) ; Naji Yahmdi (commune de PESSAC - Élu en charge de l'égalité des chances, l'emploi, l'économie solidaire, la politiques de la ville) ; Guillaume Chupin (association Nos Quartiers ont du Talent – Délégation Régionale Nouvelle Aquitaine - Chargé de mission).

Il est ressorti notamment des débats la nécessité de penser la manière dont les institutions opèrent une mise en catégorie des individus, de discuter de ces processus de catégorisation, mais également de co-élaborer les programmes d’action entre « institutions » et « bénéficiaires », le tout dans un maillage de dispositifs particulièrement dense et complexe.

Samuel Julhe a conclu le colloque en remerciant les participants et participantes pour leur contribution au succès intellectuel et humain de la manifestation, tout en réaffirmant la volonté qui a animé les membres du comité d’organisation de préserver la qualité des échanges malgré un contexte sanitaire imposant une organisation en ligne. Il a également été rappelé qu’un projet de valorisation éditoriale, en partenariat avec les Publications de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, sera prochainement engagé par ce même comité d’organisation.